vendredi 24 mai 2013

Kabinet de Kuriosités #5 : Random Access Memory, le dernier album surprenant des Daft Punk



POUR ce nouveau Kabinet de Kuriosités, je pensais vous parler des films en-chantés de Jacques Demy. Mais en fait, quand la semaine dernière j'ai écouté le nouvel album des Daft Punk, Random Access Memory, je me suis dit qu'il fallait ABSOLUMENT que je vous en parle. Pas très original, vous me direz, on n'arrête pas de nous rebattre les oreilles avec ça, tout le monde se sent obligé de faire une chronique dessus. C'est vrai. Mais c'est parce que ça le mérite.

À lire un peu les commentaires sur facebook ou les tweets sur l'album, j'ai eu la très nette impression que finalement, la grande majorité des gens avaient trouvé l'album mauvais. Ce qui ressort le plus, c'est cette phrase que vous avez probablement entendu dire : "C'est pas du Daft Punk". Mais qu'est-ce que c'est, du Daft Punk? Vaste question. Puisque si on écoute leurs trois précédents albums studios, on se rend compte qu'ils sont complètement différents les uns des autres. Homework, le premier, était très house. Discovery, le deuxième, beaucoup plus pop, plus accrocheur, et les fans de la première heure l'avaient déjà taxé d'un "C'est pas du Daft Punk". De même pour Human After All, qui était lui très rock, énergique, et bourré de voix robotisées. Des albums tous différents, mais toujours quand même avec ce petit quelque chose, cette signature, qui nous fait reconnaître que c'est du Daft Punk. Sur cet album, RAM, le phénomène est ma foi assez semblable. Un changement total d'ambiance, on est dans du disco-funk (tout ce que j'aime), avec toujours cette patte qui caractérise le duo casqué. 

Mais il est vrai qu'entre RAM et les autres albums, la rupture peut sembler plus grande. Déjà, la pochette. Le visuel très simple adopté jusqu'à lors a été remplacé par cette image de casques, le nom du groupe n'apparaissant plus. Ensuite, une chose qui m'a frappée à l'écoute, c'est que c'est un album très instrumental. Exit le 100% électronique, place aux vrais instruments, de la guitare de Nile Rodgers (du groupe Chic, un de mes groupes préférés, par ailleurs) à la batterie ou à la basse. 


L'album s'ouvre par un morceau splendide, Give Life Back To Music, qui m'a donné à la fois envie de danser et de pleurer. Tout est dans l'émotion. Les petits riffs de guitare sont à se damner, on aime, on ne peut plus s'en passer. Nile Rodgers revient ensuite sur deux autres morceaux, Lose Yourself To Dance, ainsi que Get Lucky, tous deux avec un featuring de Pharrell Williams. Ces riffs si caractéristiques d'une époque disco-funk qu'on aurait pu croire reléguée à la fin années 70, et bien nous montrent qu'il est aujourd'hui possible de mélanger ce genre avec des éléments plus électroniques, pour remettre au goût de jour ce genre de musique brillante. 

C'est un album qu'il faut, je crois, pour l'apprécier pleinement, écouter plus d'une fois. On l'écoute d'abord pour ressentir l'ambiance, l'atmosphère générale, puis on le réécoute, et là on se rend compte que chacun des morceaux est un petit bijou. C'est de l'orfèvrerie. On est là en présence d'un album très travaillé, ciselé, dans lequel chaque note compte et a sa place. La -vraie- batterie est sur certains morceaux absolument grandiose, d'une grande richesse rythmique et technique. De même pour la basse qui pose les morceaux tranquillement. Vous l'aurez compris, cet album, je l'ai trouvé splendide. Grandiose, magnifique, original, tout ce qu'on voudra. Clairement le meilleur album de ces derniers mois.

Et je n'ai envie de vous dire qu'une chose, c'est d'aller l'écouter de suite, si ce n'est pas déjà fait. Tous les morceaux sont bons, tous différents, je vous donne juste quelques impressions sur certaines des pistes : l'interview-chanson qu'est Giorgio by Moroder est très intéressante, tant d'un point de vue musical que d'un point de vue journalistique, avec ce grand crescendo qui nous fait arriver à quelque chose de très puissant sur la fin (on retrouve la même sensation dans Contact, qui clôt l'album). Beyond, la 9e piste, commence par une plage orchestrale qui n'est pas sans rappeler la BO de Tron. Et puis ma préférée, c'est quand même Instant Crush, dans laquelle chante Julian Casablancas, le chanteur des Strokes, qui fait verser une larme -plusieurs en fait- tellement sa voix et la chanson sont émouvantes.



L'album en écoute sur deezer ici

Une interview des Daft Punk très intéressante (et très longue!) pour les plus motivés ici


Images : Google

vendredi 17 mai 2013

Des corps au cinéma !


De haut en bas : Trash HumpersHarmony Korine, Les Idiots, Lars Von Triers
Dans l'avant dernier numéro des Cahiers du Cinéma (n°688), consacré au jeune cinéma français, Stéphane Delorme dans son papier Du lyrisme, en appelait à un renouveau du cinéma par le lyrisme. Bref je ne suis pas d'accord sur tous les points, notamment sur l'apologie du romantisme post nouvelle vague etc. Néanmoins j'ai retenu quelque chose d'important et qui pour moi définit le cinéma, dans sa matière même, quelque chose de délaissé : le corps mouvant. Filmer des gens. Les acteurs. Oui il y a toujours des acteurs dans les films – hors animation – mais le soucis est que trop souvent le cinéma est soumis à une histoire, à un désir de « raconter une histoire au lieu de filmer des gens. ». Or comme dit Delorme « devant la caméra, il y a d'abord quelqu'un à regarder. Le reste (narration, situations, personnages, mise en scène) en découle. La plupart du temps c'est l'inverse : on imagine des personnages, une histoire, un début, un milieu, une fin, et quand il reste du temps, on cherche un acteur, et s'il reste deux minutes, on finit par le regarder. ». Triste constat mais cela en dit long sur le manque d'inventivité, d'authenticité du cinéma actuel. Et pour caricaturer, c'est encore la suprématie de la forme littéraire sur le cinéma. Le cinéma est fait d'un désir de filmer des gens et ce désir manque cruellement. Désir de CORPS, d'ondulations des corps dans un espace.
   Un camarade de classe lors d'une discussion me faisait remarquer qu'à en voir ma cinématographie, j'aimais les cinéastes qui accordaient une importance primordiale au traitement des corps. J'ai un peu cogité, il me semble que c'est vrai. Il n'est donc peut être pas étonnant qu'un des seuls cinéastes que je trouve intéressant aujourd'hui soit Harmony Korine. Explication :
Photo extraite du tournage de Trash Humpers

    J'ai vu récemment Trash Humpers de ce même Harmony, bon il n'existe pas de version sous titrée, donc je n'ai pas compris grand chose des dialogues, surtout que c'est du ricain bien trash. Bref au contraire je trouve déjà ça génial de voir un film sans comprendre la matière verbale. Reste des images qui bougent avec des corps à l'intérieur. Bon vite fait qu'est-ce qui se passe dans ce film, un semblant d'histoire peut-être : une bandes de bras cassés sodomisent des poubelles, sucent et branlent des branches d'arbres. Ils chantent un peu, parlent des fois, cassent beaucoup de choses. Je pense que vous avez vite tilté que cette histoire est d'une absurdité extrême. Qu'a voulu faire Korine? Je n'en sais rien, je n'ai pas la tête à l'analyse. En tout cas ce qui est sûr c'est que sous ces atroces costumes se cachent sa bande de potes, et sans doute un gros délire. Ça suffit pour faire un film et c'est généreux. Il y a l'envie et le partage – le fait que le film existe – . Il y a surtout des corps et pas vraiment d'histoire. Le film est sans doute un collage de diverses improvisations, disons quelque chose de très peu écrit, qui laisse place au défoulement des corps, à la transgression : c'est magnifique.
Photo extraite du tournage de Spring Breakers

    Dans son dernier film, Spring Breakers, sorti récemment au cinéma et plus médiatisé, des petites stars Disney y tenant la vedette. En apparence fort éloigné de ses précédents films, en fait à y regarder de plus près, dans la continuité de sa démarche. Puisque qu'il y poursuit sa façon de faire un film. C'est-à-dire l'envie de filmer dans gens dans un endroit, avec un semblant d'histoire. Il a l'idée de ce film quand en vacances en Floride, il fait la connaissance du phénomène « spring break ». Les spring breaks, c'est ce moment suspendu pendant les vacances de printemps où des étudiants américains partent faire une « pause » au soleil à base d'alcools et de drogues. Bref ils s'adonnent à des orgies du matin au soir pendant une bonne semaine. C'est la défonce pour la défonce, la vacuité à l'état pur. D'ailleurs le film reprend les codes de la publicité – Korine est publicitaire –, les corps dénudés et sexy sont présentés comme des produits de consommation etc... C'est un film dans l'air du temps donc et ça c'est déjà une bonne chose. Spring Breakers suit 4 jeunes filles, en partance pour leur spring break, sauf que sans un sou, elles braquent un fast food pour se payer leur voyage et les voilà en Floride. En fait tant dans l'histoire que dans la façon de filmer, on n'est pas loin de ces émissions de TV réalité, style « Les anges » ou « Les chtis à Las Vegas » pour ce qui est de la France. Justement, et si la rédemption du cinéma était à trouver là?
    La télé réalité c'est quoi? C'est d'abord filmer des corps enfermés – on pense au cadre cinématographique – et puis au fur et à mesure pour nous divertir, y ajouter quelques manipulations scénaristiques. Du réel en boîte saupoudré de fiction. Du cinéma type docu-fiction, mais qui reste un divertissement pour con, OK. Alors n'est-ce pas le pouvoir de l'art de transfigurer cette vacuité, de la détourner? Ça donne des films comme Spring Breakers, Les Idiots, ou encore Dancer in The Dark de Lars von Trier.
   Il y a donc dans la télé réalité une bonne chose, la volonté des filmer des corps et leurs interactions. La limite se situe dans l'intention, moquer des gens pour divertir. Hors le cinéma est fait d'empathie et c'est là qu'il peut s'en éloigner. Voilà comment le cinéma peut filmer des corps aujourd'hui ou comment il doit le faire. C'est là que je m'éloigne du papier de Delorme : Romantisme post nouvelle vague vs télé réalité. Disons que nous n'avons pas eu le même biberon. Place aux jeunes!



+++ Pour poursuivre ma réflexion je vous invite à regarder donc tous les films d'Harmony Korine dont je n'ai parlé, tant il poursuit la même démarche, et donc au risque de me répéter (Gummo, Julien Donkey Boy pour les longs), les films de Lars Von Trier (surtout ses premiers). Moins connus, les films de l'anglais Andrew Kotting, qui est plutôt dans l'expérimental ou encore plus récent le film Putty Hill de Matthew Porterfield.

vendredi 3 mai 2013

The Grandmaster, le dernier film de Wong Kar-wai


POUR être honnête je n'avais jusqu'à mardi dernier absolument aucune idée de ce sur quoi j'allais bien pouvoir écrire pour coller à notre thème, corps. Mardi dernier, quand je suis allée au cinéma voir - un peu par hasard - The Grandmaster. Avec pour seules informations en tête le fait que c'était le dernier film de Wong Kar-Wai (dont je n'avais alors vu aucun de ses films, pourtant c'est pas faute d'y penser), et que ça parlait de kung-fu. 


Je dois vous dire que ce film m'a subjuguée. Mais commençons par le commencement, l'histoire. The Grandmaster serait le biopic d' Ip Man, maître de Wing chun, une des énièmes variétés de kung-fu, le film s'attachant à la période allant des années 1930 aux années 1950. Je dis serait, parce qu'au final, le film ne nous parle pas que de lui, mais de beaucoup d'autres grands maîtres de kung-fu, je le vois un peu plus comme un film choral. L'histoire commence en 1936, quand le grand maître de tous les arts martiaux chinois  prend sa retraite, et désigne comme héritier Ma San, dont la spécialité est le Xingyi quan. Les accompagne la fille du grand maître, Gong Er, qui elle maîtrise le Ba gua à la perfection. Puis c'est la guerre, il y a des vendus aux japonais parmi les maîtres de kung fu... Puis c'est la fin de la guerre, on est à Hong-Kong, et Ip Man retrouve Gong Er qu'il avait perdue de vue pendant de nombreuses années.


Je m'arrête là pour l'histoire parce que de toute façon après, avec les noms tout ça, ça n'a pas grand intérêt... Ce que je voudrais dire, c'est tout d'abord que dès le générique et la première scène, j'ai été frappée, scotchée, subjuguée, tout ce qu'on voudra, par l'image splendide qui nous est livrée. Les images sont tout simplement éblouissantes. La première scène de combat sous la pluie de nuit, notamment, est magnifique. Et du coup c'est ce que je vais retenir en premier de ce film, c'est un plaisir pour les yeux.

Et puis ensuite, le sujet du film c'est quand même le kung-fu. Le film fourmille de combats, tous mieux filmés les uns que les autres, impressionnants. La chorégraphie est assez terrible je repense au combat entre Ip Man et Gong Er, dans une maison close, combat qui dure un certain temps et qui est à la fois violent, technique, et sensuel. Je trouve que Wong Kar-wai nous montre le kung-fu comme il le voit, un art qui fait s'entremêler les corps dans une fantastique danse. Le film n'est cependant pas un film d'action comme les autres, il possède un énorme côté onirique. En effet, je pense à une scène de combat entre Ma San et Gong Er, sur le quai d'une gare, avec derrière un train qui semble rouler sans que jamais on n'en voit la fin.


Enfin ce film possède l'ingrédient miracle du film réussi, une histoire d'amour impossible, contrariée par un certain code de l'honneur, à cause de promesses faites au nom de l'honneur de la famille, il faut venger un affront, tout ça. C'est con, mais c'est beau, et ça donne envie de pleurer.


Au final, je dirais donc que j'ai adoré The Grandmaster, mais surtout pour ses côtés techniques, l'image, le jeu des acteurs (tous très bons). Il restera pour moi une déclaration d'amour de Wong Kar-wai au kung-fu, même si l'histoire, bien que je sois rentrée dedans (contrairement à certains qui n'ont pas réussi), est, il est vrai, possiblement trop éloignée de nous. Nous occidentaux, je veux dire, parce que c'est certain, il nous manque certaines clés de lecture pour pouvoir apprécier l'histoire à 100%. 




Et maintenant, plutôt que la traditionnelle bande-annonce, voilà un spot publicitaire mettant en avant les quatre styles de kung-fu que l'on peut voir dans le film!


Images : Google.

jeudi 18 avril 2013

Café Müller, la plainte du corps

Café Müller

Pina Bausch



« Une plainte d'amour. Se souvenir, se mouvoir, se toucher. Adopter des attitudes. Se dévêtir, se faire face, déraper sur le corps de l'Autre. Chercher ce qui est perdu, la proximité. Ne savoir que faire pour se plaire. Courir vers les murs, s'y jeter, s'y heurter. S'effondrer et se relever. Reproduire ce qu'on a vu. S'en tenir à des modèles. Vouloir devenir un. Etre dépris. S'enlacer. He is gone. Avec les yeux fermés. Aller l'un vers l'autre. Se sentir. Danser. Vouloir blesser. Protéger. Mettre de côté les obstacles. Donner aux gens de l'espace. Aimer. »


Association d'idées (Raimund Hoghe)

       
 Dans ce café sombre ponctué de chaises vides, l'atmosphère est tendue. Deux corps fantomatiques (les danseuses Pina Bausch et Malou Airaudo) se meuvent telles des spectres, et se heurtent, à des objets, à des hommes. Il y a l'attente pour l'une, dont la silhouette se détache dans le fond du café. Celle-ci semble être le double effacé de la première danseuse, qui de son côté marche à l'aveugle, luttant contre ses souvenirs, recherchant le contact de l'être aimé, doux ou violent, passionné. Et soudain, la fuite, vaine, de l'espace de la scène, espace emprisonnant.



« L'espace a une limite : le périmètre d'une prison. Le corps a une limite : son éternel désir de contact et d'amour. » Lenonetta Bentivoglio



        Il y a d'autres personnages, parfois brisant les étreintes du couple, parfois protégeant les pas et élancées des danseurs, attentifs à tous leurs gestes. Et puis il y a cette mystérieuse femme rousse, un peu à l'écart de cette sorte de rêve passionné qui est train de se dérouler devant ses yeux. Il y a de l'empressement dans ses pas, de la crainte, de l'incompréhension, mais aussi du désir, celui de faire partie de tout ce qui se passe devant elle.


       Cette "pièce de théâtre dansée" se vit, ce sont nos propres sentiments à sa vue qui sont les clefs de ce qu'elle tend à exprimer. Elle remue, étonne captive, et nous touche plus profondément que nous ne l'aurions pensé. Elle nous offre une grâce immense tout en véhiculant une profonde mélancolie, en touchant à des thèmes tels que l'incommunicabilité, la souffrance de la rupture amoureuse, l'absence et la solitude. Les mots d'Hervé Guibert, journaliste au Monde, réussissent très justement selon moi à retranscrire la grandeur du Café Müller par Pina Bausch.




       « Est-ce que j'aime assez, et est-ce que j'aime « bien », est-ce que je ne passe pas à côté d'occasions d'amour, et est-ce que je ne suis pas en train de les détruire dès que je les saisis ? Dans toutes ces questions, qui sont le lot du commun, la note la plus vibrante est donnée, en trois quarts d'heure, et sur la seule musique d'un violoncelle, dans Café Müller. La mémoire a conservé peu de choses de ce spectacle, sinon la certitude de quelque chose qu'on se doit de dire, et qui là est dit, une fois pour toutes, mieux que jamais, et si rapidement, si purement , qu'on en tremble, qu'on en a la parole coupée, et qu'on sort le cœur blessé et pansé, baigné d'une effluve de larmes. Ce n'est pas Pina Bausch qui nous blesse le cœur, il était déjà blessé, seulement cette blessure était tombée dans l'oubli, on s'était employé à nous la faire oublier, à la faire passer pour futile, romantique, narcissique, et Pina Bausch, par l'intermédiaire du corps de ses danseurs, nous rappelle à la réalité, à la vitalité de cette blessure. Elle ne nous en tend pas le miroir, ou l'illustration, mais une sorte de radiographie cinglante qu'elle accompagne en même temps d'émollients, d'une trousse de secours pour brûlés au second degré. »


L'Accent sur....

Le Corps. Pour le thème de ce mois (et demi) ci, changemenent radical de sujet. Nous nous tournons vers un "objet" beaucoup plus concret, que chacun possède.
Le corps : il est modèle pour le peintre, il devient personnage de roman, il s'anime au son d'une musique, il est l'outil de travail du danseur, il joue sur les planches ou derrière la caméra. Il est multiple, toujours différent et unique d'un être à l'autre. C'est peut être pour ça que les artistes l'on autant utilisé, fait joué, peint, photographié, habillé et plus encore...  Qu'on l'aime ou qu'on le déteste, le corps ne laisse jamais indifférent et ce mois ci, à l'aube de l'été où le corps redevient visible, Kulturrama a envie de vous le faire (re)découvrir. On espère qu'il va vous étonner...


Et parce que je n'aime pas vous laissez sur votre faim, je vous laisse ces deux petites vidéos pour vous offrir déjà un aperçu de ce qu'il peut faire de génial...




dimanche 14 avril 2013

L'Image : de Caspar Friedrich


1810, Caspar Friedrich, Abbaye dans une forêt de chênes (The Abbey in the Oakwood)


Paysage ouvert et désolé, ruines, couleurs toutes en nuances, atmosphères brumeuses, ce tableau est emblématique de l'oeuvre de Friedrich, lui même emblématique de la peinture romantique allemande du XIXème siècle.

"Vestiges d'une abbaye dans ce qui fut une forêt" serait un titre plus évocateur. Avec cette vie qui s'éteint et la puissance de la nature qui recouvre celle de l'homme, l'apocalypse n'est pas loin. Les frontières indistinctes ne laissent présager que des ténèbres, la lumière qui n'arrive pas à atteindre le sol traduit une lourdeur de l'air quasi-maléfique. Le ciel aux couleurs indéfinies renvoie à un autre monde, à un temps qui n'est pas le nôtre 

ou qui ne l'est plus.

L'Image clôt le thème Apocalypse.

jeudi 11 avril 2013

RAGE - Dans la famille post-apocalyptique : le jeu vidéo



Jeu sorti en 2011, Rage est un FPS (First Person Shooting) qui a renouvelé le genre, bien que passé relativement inaperçu à côté des grandes productions qui sortaient au même moment (notamment Battlefield 3).

Dans ce jeu, la Terre est devenue une sorte de western géant et futuriste, où les survivants sont réunis dans des villes miséreuses. Un gouvernement veille, mais ce sont plutôt les très nombreux bandits qui font la loi, ainsi que des mutants très dangereux sortis d'on ne sait où.
Vous, vous incarnez un humain très particulier puisque équipé d'un défibrillateur branché directement sur votre cœur, vous rendant beaucoup plus coriace. Mais aussi, inexplicablement, la cible de toutes les recherches du gouvernement.

L'ambiance de ce jeu vidéo est sont point fort incontestable. Le mélange de futuriste et de western est très réussi, et bien que le choix des armes soit très grand, vous opterez de plus en plus pour une arme bien plus archaïque mais beaucoup plus meurtrière que les autres : le wingsticks, un boomerang possédant trois branches aiguisées.
Rage peut séduire un public plus large que les gamers FPS, puisque son univers est très vaste et offre de multiples possibilités. Quêtes annexes, cartes dissimulées (jouables dans les bars, vraiment très sympa), courses explosives d'engins trafiqués, découverte de zones surprenantes, chutes de météorites, show de mutants...



Les 10 heures initiales du jeu peuvent être doublées voire triplées, sans se lasser des personnages rencontrés et des missions proposées, rivalisant entre elles de surprises, de frissons et d'action.

Bémol que je me dois de signaler : la fin. Elle laisse vraiment pantois, pas qu'elle soit mauvaise, mais... "radine". Je suis tombée par hasard sur un classement de jeuxvideo.com qui la signale comme la deuxième fin la plus décevante de tous les jeux vidéos.

C'est dommage, mais le jeu se recommence quand même avec beaucoup d'envie. Surtout qu'il existe quatre modes de difficulté : Facile (pour les débutants du FPS), Normal (les ennemis sont moins bêtes que dans la plupart des jeux vidéos), Difficile (les ennemis sont aussi malins et coriaces que vous, voire plus), Cauchemar (référez-vous à son nom, il est parfaitement évocateur).

Je conseille ce jeu à tous ceux qui sont découragés par le FPS en voyant les fous furieux de Call Of Duty ou Battlefield, il n'existe pas que ça ! Rage propose de l'action intelligente et une expérience de jeu très immersive. Alors maintenant, bon jeu !


Et on se retrouve bientôt, pour les survivants...

dimanche 31 mars 2013

Revolution, ou la vie après une coupure d'électricité à échelle planétaire



Après vous avoir parlé de The Walking Dead il y a quelques mois (l'article ici), je vais aujourd'hui vous parler d'une autre série télé, Revolution. Une série post-apocalyptique. L'idée de base est celle-ci : tout va bien sur terre jusqu'au moment où une espèce de coupure de courant géante se produit. Genre grosse coupure. Genre d'un coup la terre s'éteint, les voitures arrêtent de fonctionner, tout le monde est désarmé. 

La série nous emmène alors 15 ans plus tard - toujours pas de courant - dans un monde où les gens ont appris à survivre autrement. Tout n'est cependant pas tout rose, comme toujours certains ont voulu s'imposer, plus ou moins par la force, et c'est un gouvernement militaire qui a alors le pouvoir, avec à sa tête un homme qui veut tout faire pour réactiver le courant et dominer encore plus le monde. 


Un jour, dans une petite communauté, à la campagne, la milice arrive pour embarquer un homme qui pourrait avoir une idée de comment faire revenir le courant. Mais tout ne se passe pas comme prévu, son fils est embarqué à sa place, et, mourant, le père va dire à sa fille que son oncle pourra l'aider à le retrouver. L'héroïne Charlie part alors à la recherche de son oncle, Miles (le très bon Billy Burke). 


S'ensuivent leurs aventures. Honnêtement j'aime bien. Le scénario est plutôt bien ficelé, les infos données au spectateur pour expliquer "la panne" sont diffusées au compte-goutte, on est maintenus en haleine. Et puis niveau paysages, c'est assez drôle : on n'est pas dans un type de paysage post-apo classique, où tout serait dévasté, mais plus dans un monde avec une nature belle qui aurait pris le dessus. Par exemple, c'est tout bête, mais il ne pleut jamais, dans cette série, j'ai l'impression, il fait toujours beau, grand soleil, végétation luxuriante et tout et tout. Ça fait un peu fake, mais on aime ça ! Et puis on retrouve dans cette série Giancarlo Esposito, que j'avais découvert dans soin rôle de Gus dans Breaking Bad, et il faut avouer qu'il remplit son rôle de méchant à merveille.

Je dirais donc que sans être une série d'exception, elle se laisse regarder et apprécier, on s'y prend assez vite. Du classique, sans trop d'originalités, mais du classique bien. Et ça me va.




Revolution, série créée par Eric Kripke (2012). Saison 1 actuellement en cours de diffusion aux États-Unis sur NBC.


Images : Google

samedi 16 mars 2013

TABOU


TABOU. Parler du suicide
Dernièrement, la projection de ce film réalisé par la jeune Orane Burri m’a marquée (dans le cadre de la journée pour la prévention du suicide, organisée par SOS amitié). Il porte sur un sujet délicat, très fort, qui m’apparaît aujourd’hui comme approprié pour le thème de ce mois. Il apporte à mes yeux une réflexion essentielle sur la vie. C’est également un rappel de l’existence de ces âmes esseulées, démunies face à certaines difficultés, qui ne demandent alors qu’un peu d’aide. Ces personnes fragiles sont sur le fil, et manquent de confiance Et ce manque est amplifié par un très fort besoin d’attention.

Thomas, 22 ans, est arrivé à un moment de sa vie où rien ne va, où les certitudes s’effondrent. Pendant que d’autres construisent leur vie, sans lui,  la solitude l’enveloppe et le torture. Cinéaste amateur, il va décider de se filmer régulièrement, seul dans sa chambre, en confiant ses sentiments à la caméra, en vue de réaliser sa triste œuvre ultime. Ainsi une complaisance dans le malheur lui donne une certaine importance. Il s’efforce alors de vivre encore un peu pour mieux mourir aux yeux des autres… pour son dernier moment de « gloire ». C’est l’idée d’œuvre qui apparaît dans la mise à mort organisée de Thomas : œuvre de sa propre mise à mort. Thomas est confronté à l’apocalypse du ressenti de sa vie, et l’acte du suicide apparaît comme l’unique et dernier moment de sortir de cette vie invivable, afin d’aller vers un meilleur, une renaissance, car rien ne pourra être pire que l’actuel présent…

Pour que les choses soient plus claires, cette vidéo rappelle les débats autour de Tabou et nous éclaire sur le sens qu’a voulu donner la réalisatrice à son film. Cette vidéo est un extrait d’une soirée télévisée spéciale sur la chaîne suisse TSR.  



 

Bouleversement à la limite du traumatisme, il faut s’accrocher dans la projection, car ce n’est malheureusement pas une fiction que l’on regarde. Nous sommes projetés dans le réel, dans la vie de ce jeune homme, au cœur d’une sorte de journal intime. Nous devenons les spectateurs de son désespoir et de son déclin, de son tiraillement entre la fascination de la mort et son aspiration à survivre malgré tout. Il s’agit d’un des films les plus durs que j’ai vu, du fait de sa réalité, mais aussi parce que certains problèmes qu’évoquent Thomas peuvent nous rappeler nos propres moments de doutes, de tristesse, nos propres faiblesses. Si nous avons, nous, réussi à les surpasser, Thomas lui n’en a pas eu la force, ou les moyens. Sûrement n’y croyait-il pas vraiment.

C’est aussi notre impuissance à agir qui nous bouscule : nous sommes spectateurs de l’intimité la plus profonde de Thomas, à la place de sa caméra, auditeurs de ses pensées, et nous avons envie d’agir, de l’aider (on oublie que nous sommes au cinéma, face à un écran et à des faits passés). Nous prenons alors conscience que nous ne sommes pas plus puissants que la famille de Thomas ou ses proches, qui ne savent rien de ses pensées, qui seront face au fait accompli et à l’irrémédiable. Ils seront surpris et se diront « pourquoi il ne m’a rien dit ? » et surtout : « pourquoi n’ai-je rien vu ? ».

C’est du manque d’amour que la fin de Thomas commence, de la rencontre avec cette jeune fille (la cinéaste Orane Burri elle-même). Thomas s’enflamme et brûle d’espérance, et celle-ci, comme souvent est déçue. Parce qu’il est déjà dans un état d’esprit dépressif, celui-ci sombre. Il s’isole, voit moins ses amis, et commence à ne penser qu’à son grand projet, seul évènement qui lui apparaît alors comme positif, parce qu’à ce moment là, il sera le centre de l’attention.

Il est difficile de se mettre à la place de cette jeune cinéaste, personnage discrète dans ce film, mais pour autant essentielle. Comment gérer son éventuel sentiment de culpabilité ? Comment ne pas remettre en question ces actes passés ? Et surtout, comment avancer ? Celle-ci a décidé, par respect et amitié entre autres, de faire se réaliser l’ultime souhait de Thomas en montant ce film. En y liant les témoignages de ses amis les plus proches et de sa famille, la cinéaste cherche alors de chercher d’éventuelles réponses aux questions que tout le monde se pose dans une telle situation.

Cependant la projection de cette soirée spéciale « Briser le tabou du suicide » sur la Tsr ne s’est pas déroulée sans polémique. En effet, un magazine nommé Le Temps dénonce la spécificité de la personnalité de Thomas « Par son narcissisme exacerbé, son égoïsme, son égotisme et sa froideur distante, le témoignage de Thomas agace le spectateur davantage qu’il ne le touche ». Pauline Borsinger, président de l’Association Stop-Suicide pense que l’histoire de Thomas ne colle peut être pas au mieux avec l’objet du film, c’est-à-dire ouvrir le débat sur le suicide qui touche beaucoup trop de jeunes et surtout servir à la prévention.  « Ce film ne pourra pas servir à la prévention car il présente une démarche très élitiste et très romantique du suicide. » Selon ces dires, parce que Thomas aurait choisit de montrer son mal-être et de le filmer, il ne serait donc pas en conformité avec l’état des suicidaires qui eux évitent pudiquement toute caméra. J’ai même lu certaines réactions énonçant qu’avoir fait un film parlant du suicide avec une personne comme Thomas était scandaleux, parce que Thomas avait tout pour être heureux et vivait dans une condition sociale très satisfaisante comparé à d’autres pour qui « le suicide serait plus justifié ». C’est oublier que le suicide est un mal qui touche chaque personne, que l’argent ne fait pas forcément le bonheur, et surtout que chacun réagit différement selon sa sensibilité face aux situations que nous offre la vie. On ne peut dénier la véracité de la souffrance de Thomas. Chaque être est spécifique et ses souffrances réelles. Le film en est évidemment un témoignage.

Pour moi, le moment le plus dur du film a été  lorsque le moment programmé pour passer à l’acte arrive. La cinéaste a eu le bon sens de ne pas sélectionner les dernières vidéos pour son film. Le visionnage de sa lente agonie n’aurait été que supplice pour le spectateur, tout en exacerbant le caractère de voyeurisme. Ce qui m’a frappé a été le fait que Thomas, si décidé et longuement préparé à sa mort, se voit entièrement démuni lors de son passage à l’acte. Il a envoyé ses lettres d’adieu et ne peut faire marche arrière. Mais cela se voit, il  n’en a plus envie. Il désire tellement qu’on le sauve. On se dit alors qu’il y a peut être une différence entre « vouloir se tuer » et « vouloir mourir ». La volonté de se tuer sous entendant l’envie d’une réaction de la part des autres, comme si on isolait l’acte de ses conséquences, et qu’en agissant on ne se projetait pas dans l’après, dans la mort, comme si après on serait toujours vivant mais que notre entourage aurait pris conscience de notre désespoir. La volonté de mourir inclut elle la disparition totale de l’être…C’est un constat déchirant, c’est se dire que les personnes qui mettent fin à leur vie, dans un contexte similaire à celui de Thomas ne recherchent que de l’aide, d’un plan Y à la place de ce plan Z  pour apaiser leurs souffrances.

En cela réside le principal constat que le peut se faire à la fin du visionnage de ce film : la force salvatrice de la parole. Il faut parler des fortes tristesses qui nous tourmentent et qui nous rendent cette vie impossible. Il ne faut pas faire de l’histoire de Thomas le cas-type du jeune adolescent qui met fin à ces jours puisque chaque suicide est différent. Seulement c’est tout de même une conclusion que l’on peut se faire : les personnes qui passent à l’acte le font justement parce qu’ils n’ont plus aucune autre alternative. Les associations de prévention contre le suicide comme SOS Amitié prennent ici toute leur force. Il est essentiel de les faire connaître à ces personnes en difficulté. Celles-ci constituent cette alternative tant désirée, qui permettra alors il faut l’espèrer, de constituer l’aide dont ces personnes en difficulté recherchent désespérement. Ceux-ci pourront alors entrevoir la possibilité d'avancer dans la vie, à la place de capituler face à l’apocalypse de leur actuelle condition.

Liens sur la prévention :



 

dimanche 3 mars 2013

L'Accent sur...

APOCALYPSE. Je sens déjà les commentaires : "mais la fin du monde c'était prévu pour décembre dernier, vous êtes un peu en retard pour nous parler de ça maintenant, sur le Kulturrama! " Et pourtant, nous allons le faire, parce que comme dirait l'autre, nous ne sommes pas à l'abri d'une nouvelle annonce d'apocalypse dans les temps à venir, n'est-ce pas?

L'Apocalypse renvoie avant tout au dernier livre de la Bible chrétienne, qui la clôture, écrit par Saint Jean, livre dans lequel est décrit le monde qui se délite avant l'instauration du Royaume de Dieu, un monde humain donc qui s'efface pour laisser place à un monde divin nécessairement meilleur. Il y a donc, dans ce mot d'apocalypse, cette notion que c'est l'effacement de quelque chose devant quelque chose d'autre, qui va se découvrir. Étymologiquement d'ailleurs, le mot apocalypse lui-même vient du grec, avec des mots comme apokalupsis (qui signifie révélation), ou encore apokaluptein (découvrir, dévoiler). C'est donc l'idée qu'on va lever le voile sur quelque chose d'inconnu, quelque chose de caché (kaluptein). L'Apocalypse en ce sens, finalement, ne serait pas forcément quelque chose de négatif, puisqu'il y aurait une espérance de mieux après.

Mais le deuxième sens du mot apocalypse c'est celui, couramment utilisé, de fin du monde. Et beaucoup d'artistes, d'écrivains, ont travaillé sur cette notion, souvent en faisant de l'apocalypse, de la fin du monde, la fin de tout. Je m'explique : après l'apocalypse que reste-t'il ? Pas grand chose, en tous cas pas grand chose de bon. On est là dans une idée négative de l'apocalypse, il n'y a pas d'espérance d'un monde meilleur. Je pense à des oeuvres comme La Route, livre de Cormac McCarthy adapté au cinéma par John Hillcoat, je pense à beaucoup de livres d'anticipation, je pense à un certain nombre de séries TV d'aujourd'hui où un événement (une panne générale d'électricité dans Révolution ou une mystérieuse épidémie dans The Walking Dead) fait basculer le monde dans le chaos. 

Et puis je terminerai sur le double visage de l'apocalypse. En effet, un sentiment m'envahit quand je regarde des paysages de ruines, de Piranèse par exemple au 18e siècle : rien n'est réel dans ses gravures, les paysages qu'il y montre sont à la fois terrifiants et fascinants, ce de par leur grandeur. Je crois donc que quelque chose d'apocalyptique, notamment un paysage, est d'une beauté sans pareille, car à la fois grandiose et effrayant.

Nous allons donc essayer de trouver ce mois ci de quoi vous donner un aperçu de ce qui, pour nous, est apocalypse. En espérant que celle-ci ne se produira pas encore, histoire qu'on puisse se retrouver le mois prochain après avoir traversé le mois ténébreux qui nous attend...!

lundi 25 février 2013

L'Image : Anastasia

Anastasia vers 1914

Pour l'image du mois, j'ai choisi un portrait photographique d'Anastasia Nikolaena. Je ne connais pas le photographe, mais ça n'a pas d'importance puisque j'ai décidé de vous parler de l'histoire du sujet de la photo plutôt que de sa forme. Notre thème du mois est « Mémoire » et j'ai trouvé assez approprié de vous parler de la mystérieuse Anastasia Nikolaevna. Anastasia est la fille du tsar Nicolas II, j'ai découvert son histoire – post mortem - , il y a peu de temps. Beaucoup la connaissent surement déjà, avec le fameux film de Disney Anastasia, même si c'est une adaptation très libre de sa vie. Bref moi je vais vous parler rapidement de la vraie Anastasia, en suivant en filigrane notre thème du mois « mémoire ». En mêlant l'histoire à une question plus existentielle, « le devenir autre ».

  Février 1917 c'est la révolution en Russie, le régime tsariste est renversé, la famille du tsar est emprisonnée. Après avoir était dans plusieurs lieux de détention, la famille est enfermée à Lekaterinbourg dans un endroit appelée « La Maison à Destination Spéciale ». En juillet 1918 suite au renforcement de la contre armée rouge – l'armée blanche – les bolchéviques entraînés par Lénine décident d'exécuter la famille tsariste. Disons que l'aspect plus rocambolesque de l'histoire d'Anastasia commence là. Puisque qu'un mystère persiste : personne n'a jamais retrouvé son corps. Elle aurait donc survécu ? C'est à partir de ce mystère que naît plusieurs spéculations. Une a principalement intéressée les historiens et les artistes. La piste Anna Anderson. Parlons en.

  Anna Anderson, c'est cette fille qui se fit passer pour Anastasia. En 1920, Anna tente de se suicider, elle s'en sort mais est retrouvée sans ses papiers, et muette. Impossible de savoir qui elle est. Elle atterrit dans un hôpital psychiatrique et se retrouve à partager une chambre avec une ancienne couturière russe. Un jour cette dernière dit à Anna « je sais qui tu es » en lui montrant une photo d'Anastasia, Anna répond « tais-toi! ». De fil en aiguille, la rumeur va s'étendre et des proches de la famille tsariste vont la reconnaître – ou pas –. En même temps Anna commence à se persuader d'être Anastasia, jusqu'à devenir complètement elle. L'affaire va de rebondissement en rebondissement jusqu'à un scandale politique. Beaucoup commencent à douter de son identité, d'autres y croient dur comme fer... En tout cas Anna s'est prise au jeu et ça, jusqu'à la fin de sa vie. Elle est maintenant enterrée aux Etats-Unis sous le nom " Son Altesse Impériale, Anastasia de Russie".

   Moi ce qui m'intéresse surtout, c'est de savoir si elle était vraiment amnésique ou si elle a volontairement fait une croix sur son passé pour oublier une vie difficile. Dans les deux cas Anna à la fin, s'est oubliée complètement pour devenir Anastasia. Folie? En tout cas folie sublime, pouvoir s'oublier pour devenir quelqu'un d'autre, vivre plusieurs vies, oublier le malheur et avoir une nouvelle chance. Cesser d'être pour devenir autre : C'est un suicide symbolique, un suicide de la mémoire.

+Pour en revenir à la photo, je ne l'ai pas choisi pour rien. En effet Anastasia est dans une forêt hors elle a été exécutée dans une forêt. Et surtout, elle ressemble à un spectre, ce qui laisse présager du futur mystère autour de sa mort : morte-vivante?

dimanche 24 février 2013

Kabinet de Kuriosité #4 : Leiji Matsumoto

Au début du mois, pour le 40ème festival de la BD à Angoulême, Leiji Matsumoto a été mis à l'honneur.
Le 1er février, il est donc venu à Angoulême pour y rencontrer ses admirateurs.
Ses dessins animés ont été projetés durant le festival, notamment tous les épisodes d'Albator durant quatorze heures d'affilées.


Leiji Matsumoto ?
Il a fait rêver enfants ceux qui ont aujourd'hui plus de trente ans avec le capitaine Albator ou Galaxy Express 999...
Pour en savoir plus sur l'évènement ou sur L. Matsumoto, je vous conseille ce lien.

Cet hommage à un monument des dessins animés d'enfance me semblait pertinent pour notre mois sur la Mémoire...

Mais la véritable Kuriosité n'est pas tournée vers le passé mais vers le futur.
En effet, Albator n'a pas dit son dernier mot, et les fans émerveillés ont pu assister à plusieurs minutes en exclusivité d'un tout nouveau film qui sortira à la fin de l'année au Japon...

Sur internet, vous ne pourrez voir que la bande-annonce, mais c'est déjà un régal pour les yeux :




image : Toei Animation